S’il est vrai que la civilisation occidentale a beaucoup évolué, parfois dans le mauvais sens avec les manipulations génétiques ou de dérèglement de la biosphère, la civilisation occidentale a également évolué, dans un sens : celui d’un changement de temporalité. Les théoriciens de la postmodernité le disent en effet depuis des années : tout s’accélère. Ces dernier ont pressenti dès la fin des années 70 que le brouillage des codes, des repères moraux et sociétaux serait très vite suivi par un brouillage temporel. Aujourd’hui, les évolutions technologiques (internet, mobile…) sont ancrées durablement et profondément dans notre quotidien. Ce sont elles qui ont radicalement changé nos vies. Elles nous font vivre plus vite et de manière souvent schizophrène, elle commencent à nous permettre d’ignorer le concept même de futur, devenu paradoxalement obsolète. Une société où un groupe rock comme Tokio Hotel devient superstar en l’espace de moins de 6 mois dans le monde entier, où le président de la république envoie des SMS en pleine discussion avec le pape, et où le « status » Facebook définit ainsi plus facilement l’état d’esprit qu’une longue conversation épistolaire. Mais s’il est facile de voir ces évolutions d’un point de vue négatif (avec notamment des dérives comme les « sex tapes » de star immédiatement échangées dans le monde entier, comme celle de Laure Manadou), le bébé 2.0 n’est pour autant pas à jeter avec le bain du 2.0 ! Il y a en effet de vrais fondements pour une nouvelle civilisation. Pour reprendre la définition d’Edgar Morin, cette civilisation repose sur des technologies et une nouvelle économie, et on peut l’appeler la civilisation du « live ». Le « live » a deux dimensions : une dimension de l’instantané / temps réel et aussi une dimension émotion / entertainment. Le temps réel est LE nouveau cadre civilisationnel, construit par l’évolution des techniques, et structurant l’ensemble des échanges de flux, qu’ils soient économiques, culturels ou même humains. C’est un cadre de vie et un cadre qui rétrécit considérablement notre planète et notre espace temps. L’émotion quant à elle, est LE maître-mot du 21ème siècle. Une émotion à la fois présente dans les media et dans les nouvelles cultures émergentes : des hurlements des filles aux concerts de Tokio Hotel, à la tecktonik en passant par 99% des échanges de vidéo sur YouTube ou DailyMotion, qui répondent toutes à une émotion : tour à tour le rire, la tristesse, la nostalgie, l’effroi, ou la peur… Si le monde est entré de plain pied dans l’ère du « live », l’industrie de la communication n’est évidemment pas en reste. Elle aussi est entrée dans cette dimension grâce à l’avènement de la révolution digitale et de l’explosion des nouveaux media, provoquant une redistribution des cartes tant au niveau des investissements publicitaires que des organisations des agences et des groupes de communication. Un défi à relever. Thomas Jamet est l'auteur de la rubrique "Ca résonne" dans Influencia. Cet article y est paru le 17 janvier 2008. Ici, un lien vers la rubrique "Ca résonne" d'Influencia. |