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Une personne qui se plaît à découvrir des choses intimes, cachées, qui est d’une curiosité malsaine, voilà en quelques mots comment définir le voyeur. Aujourd’hui, le voyeurisme est une tendance sociale indéniable. Que ce soit sur facebook avec l’opportunité de lorgner les photos de vacances de ses amis, ou encore le fait que la presse people soit en perpétuelle recherche de scoop d’ordre privé avec des détails bien graveleux (TS, anorexie), le citoyen est tantôt voyeur tantôt exhibitionniste. Le succès du site chatroulette ou encore la démocratisation de se « google-iser himself » n’en sont que des faits probants supplémentaires. La mise en scène du « MOI » dans la sphère publique semble tendance.
On le sait, le concept de la Tv-réalité repose sur le voyeurisme. A l’origine, l’idée de l’émission Big Brother, la première tv-réalité, venait d’un producteur néerlandais se baladant dans le quartier rouge amstellodamois. A l’endroit même où, les prostituées étalent leurs atouts derrière des vitrines (d’où l’expression faire du lèche vitrine). En effet, ce sentiment qui pousse le regard du chaland à scruter chaque geste, chaque déhanché avec un coulis de bave enivra le producteur. Exploiter le voyeurisme pour la télévision lui apparut tel un miracle. L’ambition première de la tv-réalité était donc née ; occuper le temps de cerveau disponible par des pulsions humaines, une idée bien rodée. Des caméras, des jeunes participants surexcités, l’euphorie enivrante de la télévision, les ingrédients sont là, pas besoin d’alchimie particulière. Aujourd’hui le terme tv-réalité recouvrent plusieurs genres : du télé crochet musical avec la nouvelle star, à l’aventure avec Koh Lanta en passant par le programme érotiquo-moralisateur avec l’ile de la tentation sans oublier l’émission à valeur sociale avec le grand frère.
Alors que tout semblait avoir déjà été fait, W9, petite sœur de la mère de la TV réalité française, M6, remet ce type de programmes au goût du jour avec sa nouvelle émission : Dilemme.
Dilemme pourrait n’être qu’une télé-réalité de plus. Mais non : elle porte le genre à l’apogée du voyeurisme mainstream. Si Dilemme fait monter la télé-réalité d’un cran sur l’échelle du voyeurisme, c’est essentiellement pour trois raisons.
D’abord, Dilemme n’est pas une émission de télé-réalité classique avec sa quotidienne et son prime-time. C’est un programme qui ne s’arrête jamais, permettant un voyeurisme permanent. En effet, Dilemme propose un partenariat avec Dailymotion qui permet à l’aficionado du programme de regarder H24 ce qui se passe dans le loft (diantre, on parle du cube et pas de loft) et de sélectionner la pièce qu’il veut plus particulièrement scruter. Par exemple le 16 Juillet 2010, à 14h13 dans la salle de bain, une jeune femme blonde s’épile le maillot. Le spectateur amorphe devient un internaute réalisateur. Il conçoit lui-même son programme. Il se complait à découvrir des choses intimes d’une inconnue. Ce passage gravé à jamais dans ma mémoire ne serait jamais passé dans une quotidienne d’une tv-réalité banale, là si. On peut d’ailleurs se demander si Tv-réalité et banal ne sont pas pléonasmiques mais laissons ce débat à François Jost. De plus, le fait qu’un présentateur (David Lantin) partage la vie du Cube avec ses participants permet de divulguer aux spectateurs tous les petits potins filtrés par le peu de discrétion des dilemmiens lors de leurs tribulations sexuelles… Histoire de ne vraiment rien rater de croustillant… Magique.
Ensuite, Dilemme va toujours plus loin dans la satisfaction de ses téléspectateurs voyeurs en leurs proposant des contenus toujours plus trash. En effet, la production impose aux candidats des dilemmes qui visent directement à dégrader l’image des participants… et nous sommes là pour regarder… Par exemple, le fait de ridiculiser un Dilemmien (avec ou sans majuscule, telle est la question) avec une laisse pour chien tout en lui imposant de manger des croquettes toute la journée, semble séduire, une curiosité malsaine apparaît, du voyeurisme, voilà tout.
Enfin, la perversité du programme est d’autant plus grande que le voyeur n’est plus uniquement passif (jusque là il pouvait uniquement décider de qui restait/ sortait du jeu) ; le voyeurisme est désormais participatif et actif. En effet, l’émission propose sur le site Dailymotion aux internautes de soumettre des dilemmes originaux aux candidats. Le voyeur devient marionnettiste.
Nous sommes voyeurs, et W9 en joue, à qui la faute ?
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