Du culte, de la tendance, et du bon usage des mots Imprimer Envoyer
Écrit par Marina Rouge   
Mardi, 10 Juin 2008 19:36
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S’il-vous-plaît mesdames et (quelquefois messieurs) les journalistes de presse féminine, je vous adore mais par pitié, cessez d’estampiller « culte » un produit (parfum en série limitée, le 1er album d’Asia Argento, it-bag vert fluo…) avant même qu’il ne soit disponible. C’est d’une part présomptueux pour ce qui n’est finalement qu’un produit en lancement, et d’autre part dévalorisant pour tout ce qui a pu, ou pourra véritablement accéder au statut que vous dévoyez.

Tic de langage ou sur-valorisation de votre rang de dénicheur de tendance ? Il faudrait raison garder, car le talent que vous avez à dénicher les produits tendances n’engage en rien l’accession desdits produits au statut suprême de « culte »

Je me bornerai à deux trois mots d’étymologie : le mot culte, que vous employez à tout va, exprime tout d’abord le rite religieux, le cérémonial physique d’un hommage à un dieu, un saint, voire à une personne. Voire même à un produit…

Qu’on ne me targue pas de réactionnaire mal peignée : ce n’est pas l’extension du culte à un produit qui me choque ici, on a l’habitude…Le dernier Chanel peut être le sujet (et non l’objet) de prières ardentes, de passion, et aussi de sacrifice, une idole non pas biblique mais consumériste … CQFD : on voit bien que la religion et la consommation ne sont pas si étrangères l’une à l’autre, du moins dans la sémantique qui les entoure. En effet, de la dévotion à l’idolâtrie, et jusqu’au fanatisme (« Chaneeeeeeeeel !!!!! ») il n’y a pas de différence majeure, juste un curseur que l’on pousse toujours un peu plus loin… 

Bref, pour revenir à mon sujet d’agacement, et faire simple : la tendance, par définition éphémère,  n’est pas culte…

Le culte c’est le n°5, pas Mademoiselle, c’est Proust, pas Beigbeder, c’est Noir désir, pas les BB Brunes …

ON NE NAIT PAS CULTE ON LE DEVIENT,  pour reprendre la tournure CULTE d’un écrivain CULTE.

Il faut donc du temps, beaucoup de temps, et des ventes aussi. Et oui, on en revient toujours à cette fameuse logique de consommation, mais c’est bien là le nerf de la guerre. Qu’on aime ou qu’on n’aime pas Madonna, Hitchcock ou le Nutella, leur succès commercial, leur capacité à générer des fans (dévots), des copies ou contrefaçons, ont été / sont  / seront tels qu’ils sont chacun à leur manière résolument cultes. 

D’autres critères rentrent bien sûr en ligne de compte, la discussion reste ainsi ouverte, mais il faut bien conclure. Alors, ne vous en déplaise, chers journalistes, derniers garants du signifiant-signifié de notre langue, si la tendance est bel est bien l’une de vos prérogatives, c’est la masse, le collectif anonyme et consommateur qui décide de ce qui est culte ou non.

 

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