L’un des premiers enseignements à tirer de la compétition est l’avènement de « l’ambush marketing » : apparue dès les années 80, cette stratégie également appelée « marketing en embuscade » consiste à communiquer sur un évènement et à en obtenir les bénéfices (en termes de notoriété et/ou d’image) sans avoir payé au préalable les droits permettant de devenir partenaire officiel. Il s’agit donc d’une véritable opportunité, le partenaire officiel ayant payé le prix fort pour sponsoriser l’évènement se retrouvant, malgré lui, contraint de partager sa visibilité avec des marques plus opportunistes… ou plus rusées ? Une véritable lutte s’opère donc entre « officiels » et « non-officiels », à l’image de l’éternelle rivalité Coca-Cola (sponsor officiel) VS Pepsi (non officiel). Mieux, l’affrontement légendaire entre Adidas (partenaire officiel) et Nike (non officiel) se pose en véritable cas d’école : le spot de la marque à la virgule « Write the future » ayant été visionnée plus d’un million de fois (avant même le début du Mondial !) n’a donc rien à envier au géant allemand qui, en dépit de ses 350 millions de dollars dépensés pour être partenaire officiel FIFA en 2010 et 2014, ne devra se contenter que de résultats bien moindres en termes de viralité et d’agrément. Adidas aura toutefois été le deuxième annonceur le mieux mémorisé du Mondial après Coca-Cola, Nike se positionnant quatrième : une très belle performance de la part de l’Américain donc, celui-ci ne bénéficiant pas des avantages du partenaire officiel Adidas (panneautiques terrain, équipements des joueurs…).Autre grand enseignement apporté par l’évènement, la mise à l’honneur des réseaux sociaux : en effet, entre Footito, plateforme sociale créée spécialement pour l’occasion et le pic de 3051 tweets par seconde envoyés sur Twitter au moment du but espagnol en finale, force est de constater que l’utilisation du social média a battu son plein entre le 10 juin et 11 juillet 2010. Les annonceurs ont bien entendu surfé sur la tendance en plaçant les réseaux sociaux au cœur de leurs dispositifs. Adidas a ainsi fait le choix, surprenant mais non moins efficace, de n’utiliser que le web pour sa campagne, une première pour la couverture d’un évènement d’une telle ampleur… Le concurrent Nike n’a pas été en reste : proposant par exemple aux footeux de diffuser leur propre campagne sur Facebook afin de se faire remarquer et de pouvoir ensuite intégrer la prestigieuse Nike Academy, l’interaction a bien été le maître mot de la campagne Nike Football.Enfin, le Mondial a été l’occasion pour les marques de travailler la communication de crise. Effectivement, le faible intérêt des Français (seulement 56% d’entre eux se déclaraient intéressés par le Mondial) associé aux offres commerciales mi-alléchantes mi-défaitistes proposant le remboursement d’articles high-tech achetés à l’occasion du Mondial (Carrefour, Saturn mais aussi Tom-Tom et Logitech) annonçaient déjà la couleur : espoir minoré et enthousiasme absent au cœur du pays. Le désamour à l’égard de l’équipe nationale française a ainsi poussé certains annonceurs à revoir leur politique de sponsorship. Il est intéressant de constater que les marques ayant pris le risque de faire reposer toute leur campagne sur les joueurs de l’équipe de France (Quick ou Pringles autour de Nicolas Anelka ou encore le Crédit Agricole faisant figurer Hugo Lloris, Lassana Diarra, Yoann Gourcuff et Thierry Henry) ont plus souffert que celles ayant su aborder l’évènement de manière plus subtile, par le prisme des supporters par exemple. Ainsi, le partenaire officiel Toyota a pu soutenir les Bleus jusqu’à leur dernier match, le 22 juin. La Coupe du monde a donc pointé une des failles du celebrity endorsement : les icônes sportives sont avant tout des humains comme les autres qui peuvent eux-aussi avoir leurs moments de faiblesse, voire d’égarement. Une fois de plus, le risque doit être mesuré par les annonceurs.
Que conclure du Mondial 2010 ? Principalement qu’il a été marqué par de nouveaux modèles stratégiques capitalisant sur le temps réel et la disponibilité : en effet, l’ambush marketing incarne l’art de saisir l’opportunité au vol ; le social media l’accompagnement quotidien du public spectateur et internaute ; la posture offensive adoptée en cas de crise prouve quant à elle qu’un annonceur doit envisager les risques du celebrity endorsement, gérer son image qu’importe la situation, et ce encore après la fin du Mondial. La préservation de la réputation est donc plus que jamais primordiale pour les marques liées à l’évènement. Reste à savoir si celles-ci en prendront note pour la prochaine Coupe du monde…Mondial 2010 : émergence de nouvelles stratégies de marques