Dilemme, une recette en phase avec son temps

On le sait, le concept de la Tv-réalité repose sur le voyeu­risme. A l’origine, l’idée de  l’émission Big Bro­ther, la pre­mière tv-réalité, venait d’un pro­duc­teur néer­lan­dais se bala­dant dans le quar­tier rouge amstel­lo­da­mois. A l’endroit même où, les pros­ti­tuées étalent leurs atouts der­rière des vitrines (d’où l’expression faire du lèche vitrine). En effet, ce sen­ti­ment qui pousse le regard du cha­land à scru­ter chaque geste, chaque déhan­ché avec un cou­lis de bave enivra le pro­duc­teur. Exploi­ter le voyeu­risme pour la télé­vi­sion lui appa­rut tel un miracle. L’ambition pre­mière de la tv-réalité était donc née ; occu­per le temps de cer­veau dis­po­nible par des pul­sions humaines, une idée bien rodée. Des camé­ras, des jeunes par­ti­ci­pants sur­ex­ci­tés, l’euphorie enivrante de la télé­vi­sion, les ingré­dients sont là, pas besoin d’alchimie par­ti­cu­lière. Aujourd’hui le terme tv-réalité recouvrent plu­sieurs genres : du télé cro­chet musi­cal avec la nou­velle star, à l’aventure avec Koh Lanta en pas­sant par le pro­gramme érotiquo-moralisateur avec l’ile de la ten­ta­tion sans oublier l’émission à valeur sociale avec le grand frère.

Alors que tout sem­blait avoir déjà été fait, W9, petite sœur de la mère de la TV réa­lité fran­çaise, M6, remet ce type de pro­grammes au goût du jour avec sa nou­velle émis­sion : Dilemme.

Dilemme pour­rait n’être qu’une télé-réalité de plus. Mais non : elle porte le genre à l’apogée du voyeu­risme mains­tream. Si Dilemme fait mon­ter la télé-réalité d’un cran sur l’échelle du voyeu­risme, c’est essen­tiel­le­ment pour trois raisons.

D’abord, Dilemme n’est pas une émis­sion de télé-réalité clas­sique avec sa quo­ti­dienne et son prime-time. C’est un pro­gramme qui ne s’arrête jamais, per­met­tant un voyeu­risme per­ma­nent. En effet, Dilemme pro­pose un par­te­na­riat avec Dai­ly­mo­tion qui per­met à l’aficionado du pro­gramme de regar­der H24 ce qui se passe dans le loft (diantre, on parle du cube et pas de loft) et de sélec­tion­ner la pièce qu’il veut plus par­ti­cu­liè­re­ment scru­ter. Par exemple le 16 Juillet 2010, à 14h13 dans la salle de bain, une jeune femme blonde s’épile le maillot. Le spec­ta­teur amorphe devient un inter­naute réa­li­sa­teur. Il conçoit lui-même son pro­gramme. Il se com­plait à décou­vrir des choses intimes d’une incon­nue. Ce pas­sage gravé à jamais dans ma mémoire ne serait jamais passé dans une quo­ti­dienne d’une tv-réalité banale, là si. On peut d’ailleurs se deman­der si Tv-réalité et banal ne sont pas pléo­nas­miques mais lais­sons ce débat à Fran­çois Jost. De plus, le fait qu’un pré­sen­ta­teur (David Lan­tin) par­tage la vie du Cube avec ses par­ti­ci­pants per­met de divul­guer aux spec­ta­teurs tous les petits potins fil­trés par le peu de dis­cré­tion des dilem­miens lors de leurs tri­bu­la­tions sexuelles… His­toire de ne vrai­ment rien rater de crous­tillant… Magique.

Ensuite, Dilemme va tou­jours plus loin dans la satis­fac­tion de ses télé­spec­ta­teurs voyeurs en leurs pro­po­sant des conte­nus tou­jours plus trash. En effet, la pro­duc­tion impose aux can­di­dats des dilemmes qui visent direc­te­ment à dégra­der l’image des par­ti­ci­pants… et nous sommes là pour regar­der… Par exemple, le fait de ridi­cu­li­ser un Dilem­mien (avec ou sans majus­cule, telle est la ques­tion) avec une laisse pour chien tout en lui impo­sant de man­ger des cro­quettes toute la jour­née, semble séduire, une curio­sité mal­saine appa­raît, du voyeu­risme, voilà tout.

Enfin, la per­ver­sité du pro­gramme est d’autant plus grande que le voyeur n’est plus uni­que­ment pas­sif (jusque là il pou­vait uni­que­ment déci­der de qui restait/ sor­tait du jeu) ; le voyeu­risme est désor­mais par­ti­ci­pa­tif et actif. En effet, l’émission pro­pose sur le site Dai­ly­mo­tion aux inter­nautes de sou­mettre des dilemmes ori­gi­naux aux can­di­dats. Le voyeur devient marionnettiste.

Nous sommes voyeurs, et W9 en joue, à qui la faute ?

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