Micro 4:3 ou l’Appel du Reflex

Quelle est la par­ti­cu­la­rité de cette nou­velle gamme ?Peut-être tout sim­ple­ment d’être le chaî­non man­quant entre com­pacts ultra-évolués/bridges et reflexes ; soit, en d’autres termes, de consti­tuer un par­fait pro­duit d’appel pour les pho­to­graphes ama­teurs qui jusque là étaient encore réti­cents à fran­chir le cap des reflexes.En effet, sans pour autant sacri­fier à la qua­lité – qui reste une des prin­ci­pales moti­va­tions d’évoluer vers les reflexes (défi­ni­tion sou­vent supé­rieure aux bridges même les plus haut de gamme ; qua­lité d’image en faible lumi­no­sité sans com­pa­rai­son…) – ces appa­reils per­mettent en pre­mier lieu de lever un des prin­ci­paux freins psy­cho­lo­giques régu­liè­re­ment asso­cié aux reflexes : l’encombrement.Cet aspect – qui peut sem­bler évident – doit cepen­dant être entendu au sens large : il ne s’agit pas uni­que­ment de l’encombrement dans son sens le plus pure­ment maté­riel (soit se trim­bal­ler quelques 800g autour du cou). Il s’agit égale­ment de l’image, elle-même pesante, à laquelle sont sou­vent asso­ciées, dans les repré­sen­ta­tions men­tales en vigueur, les per­sonnes fai­sant usage d’appareils aussi impo­sants : papa­razzi en herbe, voire qua­ran­te­naires en pleine crise qui se sont offert un sub­sti­tut pénien…Autre élément notable : contrai­re­ment à la quasi-totalité des reflexes, l’appareil de Pana­so­nic (actuel­le­ment seul repré­sen­tant du for­mat micro 4:3 ; mais plus pour très long­temps) est doté d’un écran orien­table. Là encore, l’appareil prend le contre-pied de l’archétype des réflexes (qui jusqu’il y a peu encore, ne pro­po­saient même pas de visée « live-view » sur écran, mais seule­ment un viseur), et trans­fère habi­le­ment des plus pro­duits rela­ti­ve­ment répan­dus dans l’univers des bridges et des com­pacts à l’univers des reflexes. 

Si on pour­rait ne voir là qu’un simple patch­work visant à créer un objet hybride pour une frange de consom­ma­teurs inter­mé­diaire, il semble cepen­dant que cela relève d’un nou­veau regard, de la part des construc­teurs, sur la pra­tique de la pho­to­gra­phie ama­teur, et sur le che­mi­ne­ment per­son­nel de ceux qui la pra­tiquent. Ainsi, l’encombrement réduit (qu’il s’agisse du poids ou de la taille) et la pré­sence d’un écran orien­table ne rem­plissent pas sim­ple­ment le rôle de carac­té­ris­tiques pro­duit fami­lières et ras­su­rantes, au sein d’un nou­vel uni­vers de pro­duits qu’on s’apprête à décou­vrir. Ils impactent et condi­tionnent direc­te­ment la pra­tique pho­to­gra­phique elle-même : on ne prend pas le même type de pho­tos selon qu’on uti­lise pour cela un petit appa­reil léger dont l’écran orien­table per­met toutes sortes de facé­ties en termes d’angles de prise de vue, ou un reflexe mas­sif qui impose de « shoo­ter » à tra­vers son viseur.Jusqu’à l’apparition de for­mats tels que le micro 4:3, l’utilisateur était ainsi sérieu­se­ment contraint de repen­ser sa manière de prendre des pho­tos s’il comp­tait pas­ser d’un bridge/compact à un reflexe. Soit un sérieux frein à l’achat, à même de réduire à néant le gain poten­tiel en termes de qua­lité d’image dans l’esprit du consommateur.Le for­mat micro 4:3 offre donc une sou­plesse d’utilisation bien­ve­nue, qui fait sa force en tant que pro­duit d’appel des bridges et com­pacts ultra-évolués vers les reflexes d’entrée de gamme. Aussi est-ce pour­quoi on peut sup­po­ser que l’écran orien­table pré­sent sur le modèle de Pana­so­nic sera sans doute assez lar­ge­ment repris par les autres construc­teurs pour leurs pro­duits micro 4:3 : ce sys­tème de visée s’inscrit en effet plei­ne­ment dans l’esprit de ce for­mat, et du public auquel il entend s’adapter.

Les gammes de reflexes plus clas­siques ont par ailleurs peut-être davan­tage à gagner qu’à perdre avec l’introduction de ce for­mat. Il consti­tue en effet un excellent pro­duit d’appel, qui pourra per­mettre à l’amateur hési­tant d’effectuer plus en dou­ceur la tran­si­tion vers des reflexes pour pho­to­graphes che­vron­nés, là où exis­tait avant un « gap » notable (et par­fois insur­mon­table pour l’utilisateur) entre reflexes et bridges haut de gamme. Aussi, les offres pro­mo­tion­nelles que l’on voit poindre ces der­niers temps – où cer­tains reflexes tels que les Nikon D60 et autres Pentax sont bra­dés autour des 600700€ avec un objec­tif inclus – semblent avant tout des­ti­nées à occu­per le ter­rain le temps que leurs fabri­cants res­pec­tifs sortent eux aussi leurs modèles micro 4:3. Ceci est d’autant plus notable que ces reflexes – qui, côté prix, boxent certes dans la même caté­go­rie que les micro 4:3 déjà dis­po­nibles et à venir – répondent de manière sen­si­ble­ment moins adé­quate au besoin d’un public intermédiaire.Ainsi donc, les bridges haut de gamme dont se conten­taient cer­tains rétifs pour­raient bien être ceux dont la part de mar­ché sera la plus enta­mée par l’arrivée de ces nou­veaux objets tran­si­tion­nels que sont les micros 4:3.

« Time will tell », comme dirait l’autre.

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