Du culte, de la tendance, et du bon usage des mots

Tic de lan­gage ou sur-valorisation de votre rang de déni­cheur de ten­dance ? Il fau­drait rai­son gar­der, car le talent que vous avez à déni­cher les pro­duits ten­dances n’engage en rien l’accession des­dits pro­duits au sta­tut suprême de « culte »

Je me bor­ne­rai à deux trois mots d’étymologie : le mot culte, que vous employez à tout va, exprime tout d’abord le rite reli­gieux, le céré­mo­nial phy­sique d’un hom­mage à un dieu, un saint, voire à une per­sonne. Voire même à un produit…

Qu’on ne me targue pas de réac­tion­naire mal pei­gnée : ce n’est pas l’extension du culte à un pro­duit qui me choque ici, on a l’habitude…Le der­nier Cha­nel peut être le sujet (et non l’objet) de prières ardentes, de pas­sion, et aussi de sacri­fice, une idole non pas biblique mais consu­mé­riste … CQFD : on voit bien que la reli­gion et la consom­ma­tion ne sont pas si étran­gères l’une à l’autre, du moins dans la séman­tique qui les entoure. En effet, de la dévo­tion à l’idolâtrie, et jusqu’au fana­tisme (« Cha­neeeeeeeeel !!!!! ») il n’y a pas de dif­fé­rence majeure, juste un cur­seur que l’on pousse tou­jours un peu plus loin… 

Bref, pour reve­nir à mon sujet d’agacement, et faire simple : la ten­dance, par défi­ni­tion éphé­mère,  n’est pas culte…

Le culte c’est le n°5, pas Made­moi­selle, c’est Proust, pas Beig­be­der, c’est Noir désir, pas les BB Brunes …

ON NE NAIT PAS CULTE ON LE DEVIENT,  pour reprendre la tour­nure CULTE d’un écri­vain CULTE.

Il faut donc du temps, beau­coup de temps, et des ventes aussi. Et oui, on en revient tou­jours à cette fameuse logique de consom­ma­tion, mais c’est bien là le nerf de la guerre. Qu’on aime ou qu’on n’aime pas Madonna, Hit­ch­cock ou le Nutella, leur suc­cès com­mer­cial, leur capa­cité à géné­rer des fans (dévots), des copies ou contre­fa­çons, ont été / sont  / seront tels qu’ils sont cha­cun à leur manière réso­lu­ment cultes. 

D’autres cri­tères rentrent bien sûr en ligne de compte, la dis­cus­sion reste ainsi ouverte, mais il faut bien conclure. Alors, ne vous en déplaise, chers jour­na­listes, der­niers garants du signifiant-signifié de notre langue, si la ten­dance est bel est bien l’une de vos pré­ro­ga­tives, c’est la masse, le col­lec­tif ano­nyme et consom­ma­teur qui décide de ce qui est culte ou non.

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